Le poster officiel des JOJ Dakar 2026 “Dakar en mouvement” : Comment raconter un concept à travers le mouvement?

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“Everything in the universe has a rhythm; everything dances.” MAYA ANGELOU (AMERICAN, 1928–2014) Actor, Author, Civil Rights Activist, Poet

En communication visuelle, la responsabilité est de diriger l’attention du spectateur à travers une séquence spécifique d’expériences visuelles, plutôt que de laisser son œil passer au hasard d’un élément à un autre dans une composition. Qu’en est-il de l’affiche officielle des Jeux Olympiques de Dakar?

A la base, l’image fonctionne comme une carte postale augmentée. Elle accumule des signes de lieu, des marqueurs culturels, des scènes de vie, des figures, des emblèmes, presque comme si elle voulait condenser en seule surface la promesse d’un territoire. On y retrouve cette logique de la carte postale : montrer beaucoup, montrer vite, montrer de manière désirable.

Le car rapide, la plage, les silhouettes, l’architecture, les couleurs franches, le ciel, tout concourt à fabriquer une image de destination, une image de mémoire, une image que l’on emporte avec soi.

Cette première couche est essentielle, parce qu’elle ancre le visuel dans quelque chose de chaleureux, accesssible, de populaire, presque affectif.

Une image travaillée par une volonté de dépassement (l’image cherche à mettre Dakar en tension). Comme c’est le cas de l’affiche du Tour de France 2017 (non retenue) dans le style minimaliste.

Photo de Raphaël Teillet

Cette création peut d’abord se lire comme une image – souvenir, presque comme une carte postale augmentée. Elle accumule sur une même surface une pluralité de signes identitaires : figures humaines, fragmetns de paysage, motifs de circulation, architecture, scènes sportives, symboles culturels et éléments institutionnels.

Ce principe d’accumulation renvoie à une logique populaire de l’image, celle qui consiste à montrer beaucoup, montrer vite, montrer de manière désirable. En ce sens, l’oeuvre mobilise un imaginaire de la destination et une vision condensée. Elle propose une vision condensée, chaleureuse et immédiatement reconnaissable du territoire.

Le car rapide, la plage, les silhouettes, les teintes lumineuses, le ciel et les marqueurs urbains composent un ensemble qui fonctionne comme une mémoire visuelle transportable. L’image cherche à faire tenir Dakar dans une seule scène, comme si elle voulait en offrir une version synthétique, affective et partageable.

Elle emprunte à la carte postale sa générosité iconographique et sa capacité à condenser un lieu en signes désirables. Mais elle ne s’y réduit pas. Si elle n’était qu’une carte postale, elle resterait descriptive. Or, ce qui fait sa force, c’est précisément qu’elle dépasse cette fonction illustrative pour entrer dans une logique de construction visuelle. Elle ne se contente pas de représenter Dakar ; elle cherche à mettre Dakar en tension, à transformer le territoire en scène dynamique, traversée par des forces plastiques.

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C’est à ce point précis qu’il devient particulièrement pertinent de prendre en compte la lecture du Bauhaus comme un principe d’organisation du visible.

Le Bauhaus : organiser le vivant par une grammaire de formes

C’est une discipline du regard fondée sur la structuration des rapports entre formes, axes et masses colorées. Le grand disque clair agit à l’arrière-plan comme une force stabilisatrice ; il constitue un point d’équilibre autour duquel viennent s’articuler les éléments mobiles. Comme c’est le cas de l’affiche ci-dessous.

Impression Italie | Affiche de voyage minimaliste | Illustration géométrique de la ville
Affiche de voyage minimaliste | Illustration géométrique de la ville
Poster officiel J.O de Dakar 2026 : Le grand disque clair

Le grand disque, les aplats, la lisibilité des blocs et la mise en ordre des flux relèvent d’une pensée de composition moderniste.

Les diagonales organisent le flux, orientent la lecture et instaurent une dynamique ascendante. Les couleurs sont des aplats chromatiques, presque découpés. Les figures, bien que nombreuses, sont dans une syntaxe graphique qui distribue les hiérarchies et les intensités. Un genre de toile à la Spiderman.

Le bahaus, c’est une grammaire de composition qui permet de tenir plusieurs dimensions souvent opposées :

d’un côté, de l’abondance narrative, la dimension populaire, la chaleur narrative, la dimension populaire et la chaleur figurative ;

De l’autre, une armature plastique rigoureuse, fondée sur l’équilibre des masses, le rôle des formes primaires et la lisibilité des trajectoires. Il y a ici quelque chose de profondément moderniste dans cette volonté de faire cohabiter l’expression et l’ordre, le mouvement et la géométrie, le vivant et la structure.

Une direction artistique qui se sert d’un système pour canaliser l’énergie du récit (une sorte de chute d’eau).

C’est dans cette visibilité de la charpente que l’on peut convoquer une lecture brutaliste, ou plus précisément un moment brutaliste de la direction artistique.

C’est l’idée moderniste selon laquelle une image peut être traversée par une armature claire, des rapports de formes, des tensions entre cercle, diagonale, aplats, axes et contrepoints.

Le grand disque clair (auréole), par exemple, agit comme une forme stabilisatrice. Les diagonales organisent les flux. Les masses colorées sont franches, lisibles, presque découpées. Tous ces éléments figuratifs ne flottent pas librement : Ils sont pris dans un système araignée.

Cette volonté de faire cohabiter le populaire et le structuré, l’expression et l’ordre, le mouvement et la géométrie.

Le brutalisme : ne rien cacher de la structure

Si le brutalisme dans son ensemble renvoie à une esthétique du “dur” ou du “brut”. Ici, il s’agit de faire apparaître la violence géométrique qui l’organise. Il rend visible la contrainte, la coupe et la tension constructive. L’oeuvre devient un champ de forces, une sorte d’aimant qui attire à lui tout ce qui se trouve dans son sillage.

Le brutalisme en design est une esthétique de la force, de la structure visible et de l’authenticité formelle, qui privilégie l’impact à l’élégance décorative.

Enfin, le traitement esthétique articule deux dimensions complémentaires : d’un côté une structure graphique rigoureuse, de l’autre, une iconographie chaleureuse, populaire et généreuse. Cette rencontre fait la singularité du visuel. Car elle cherche à faire ressentir une ville, une jeunesse, une promesse.

L’événement mondial ne se pose pas sur Dakar ; il passe par Dakar, par ses formes, ses rythmes et ses symboles.

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