Lettre aux cinéphiles (blogueur, journaliste culturel, passionnés de cinéma) : je viens respectueusement auprès de vos hautes audiences vous proposer une lecture plus ou moins scientifique du titre de « mention spéciale du jury ». Je ne parle pas de celle qu’on obtient en soutenant un doctorat, mais de celle qui se distribue souvent dans les festivals nationaux et internationaux. En effet, dans le post-modernisme, tout semble se mélanger au point de vouloir faire disparaître la rigueur et la moralité de certaines expertises avérées. Je puis vous rappeler que certains confondent des expertises pourtant claires ; chez nous (Cameroun), le système du « je fais tout en un » ne doit pas nous faire perdre les fondamentaux du savoir, bien qu’Internet ait développé plus d’ultracrépidarianistes ( des sachants) que de géomètres du savoir.
Permettez-moi donc de nous pencher sur l’ontologie et la déontologie de l’expression. Appuyé par une petite recherche dite « IAique » (intelligence artificielle), on définit le « prix mention spéciale du jury » tel que suit :
« récompense honorifique attribuée par les membres d’un jury lors d’un festival (de cinéma, de journalisme, d’art, etc.) pour saluer la qualité particulière, l’originalité ou l’audace d’une œuvre, d’un artiste ou d’un projet, en dehors des prix principaux ».
Dit ainsi, on peut retenir deux termes importants : « originalité » et « audace ». En création audiovisuelle, ces deux termes donnent le tournis à plusieurs pratiquants des arts, du premier au septième art voire dans tous les domaines artistiques et personne n’y échappe. En création graphique (la base de toute création mobile), on constate qu’il existe certaines personnes audacieuses qui parviennent à se démarquer, quelquefois avec une identité de marque intrinsèque, et d’autres pas. Car, pour arriver à l’originalité, il faut commencer par être audacieux (refuser de réfléchir en mode par défaut). Dès lors, commençons par l’audace.
L’audace
L’audace est une force intérieure et une disposition de l’esprit qui pousse à oser, à entreprendre des actions difficiles ou dangereuses, au mépris des obstacles et de la peur
(Le Robert, dictionnaire en ligne).
En 2019 ou 2020, je participais au FESTICO (Festival international du film comique) lorsqu’un participant a eu le courage (l’audace) de poser à un panel de jeunes étudiants une question : « Selon vous, quelle serait l’identité artistique du film camerounais ? » Les différentes réponses se baladaient dans un débat entre le koki de Bazou et celui de Nkongsamba, pour savoir qui était le plus bon ou qui est née avant l’autre ! Dieu faisant, l’homme de Bazou se trouvait dans la salle. Il fit une intervention simple :
« Prenez les films camerounais des dix dernières années, analysez-les ; vous aurez forcément une réponse. »
Penchons-nous dessus, mais pour le cas de notre thématique. Sans détenir toutes les données exactes, prenons quelques festivals importants en Afrique francophone. Montons dans le train des Palmarès, car il y’a des gares qu’on ne saurait oublier .
Depuis Dikongué Pipa, qui a remporté l’Étalon d’or (Yennenga) en 1976 avec le film Muna Moto, le seul film camerounais à s’être approché de l’étalon d’or est de J. Bekolo en 2007 avec Les Saignantes. Depuis lors, nous avons enchaîné les prix «Mention Spéciale du Jury». Pour d’autres festivals.
- Le Grand Blanc de Lambaréné de Bassek Ba Kobhio – prix au FESPACO en 1995 (la qualité de la production) ;
- Tenacity (2018) – Réal. Musing Derick : Festival : Écrans Noirs (Yaoundé, 2018)
- Né à Sayada – Réal. Michel Kuaté : Écrans Noirs (catégorie documentaire)
- L’Accord (2022) – Réal. Frank Thierry Léa Malle : Festival : LAFF (Louxor, Égypte, 2022)
- Minga et la Cuillère cassée (2017) de Claye Edou , Festival : Écrans Noirs (Yaoundé, 2018
- Enterrés (Buried) de Françoise Ellong « Mention spéciale du jury », Festival Écrans Noirs (2020) ;
- Mouetcho Joseph (Interprétation masculine) dans Malgré Tout d’Enah Johnscott Festival Écrans Noirs (2025) ;.
Si l’on se concentre uniquement sur les films, nous avons peut-être plus de films primés d’une mention spéciale du jury que d’autres prix. Qu’est-ce que cela traduit-il : l’originalité ou l’audace ?
Je ne prétendrai pas connaître la réponse exacte.
Toutefois, il faut noter que le prix « mention spéciale du jury » est le parent pauvre des festivals, car il est rarement archivé par certains festivals. Cette mention semble être la porte de service, pas seulement la porte d’entrée, c’est la consolation qui honore, pas seulement la politesse, c’est le prix qu’on ivnente à la carte quand le jury veu te dire : ” On t’a vu” .
Pour cette année encore au Festival Ecrans Noirs 2026, parmis les films les catégories mentionnées, il n’en existe pas cette catégorie! Pourquoi ? La réponse peut être dichotomique.
D’abord, il est un prix ” par nature ” flou : le jury l’invente à la carte. Contrairement à l’étalon d’or ou à l’écran d’or, le mention n’appartient souvent pas à la structure statuaire du Festival. C’est une prérogative discrétionnaire, crée au cas par cas. Certains mentionnent pourquoi vous le recevez, et certains pas. Un film comme ” Enterrés ” une Mention Spéciale s’inscrirerait plus dans une frontière flou entre l’Audace et l’Originalité : La réalisatrice ( Françoise Ellong) a essayé une démarche artistique appelé le Huit Clos .
Le huis clos au cinéma est un sous-genre où l’intrigue se déroule dans un lieu unique et restreint d’où les personnages ne peuvent ou ne veulent pas sortir
https://dumas.ccsd.cnrs.fr/dumas-03821287
Au FESPACO 1976, le jury l’aurait décerné au Ghana, pour sa première participation, pas à un film: Une récompense pour une délégation, une soupape de politesse diplomatique (Palmarès RFI). A l’AFRIFF 2013, la mention est ” endossée” par un Sponsor : La UBA endowed Special Jury Mention ” Beleh “. Le nom du peut changer selon qui finance ou parraine. Par conséquent impossible de le suvire dans les temps sous une étiquette stable.
C’est – à – dire qu’il mute comme un évadé change de veste : Mention Spéciale en 1976 – Autre Mention Spéciale en 1991 – Prix Spécial du Jury de 1993 à 2001 – Mention Spéciale du Jury de 1995 à 2025. Dans d’autres festivals, on parle de “ Mention Honorable “.
Un prix sans enjeu explicite économique !!? Car l’étalon d’or rapporterait de l’argent, de la distribution, parfois la qualification aux cérémonies internationales. Le mention rarement.Car il n’existe que vraiment que le soir d’une cérémonie, puis se diperse en bribes de légendes instagrammables, tiktokables, ou facebookables. Vu sous cet angle ce prix cumule tous les handicaps ; secondaire et peu doté, instable et renommé des fois à certaines éditions, très peu couvert par des presses internationales. On pourrait dire qu’il est plus le prix du terme “Essayez encore ” qu’on trouvait dans les capsules de bière surnommée le champagne du pays.
L’originalité
l”originalité, en création visuelle ou audiovisuelle, se définissait primordialement comme « ce qu’on a jamais vu avant » . l’industrie du cinéma a commencé à faire des films qui retrace des mythes et légendes culturelles des communautés. Let My People Go – The Ten Commandments (1956)
Ensuite on a eu droit à « l’art de créer de nouvelles relations entre les choses qu’on a déjà vues ». La saga du film Terminator 1, Terminator 2, Terminator 3 nous racontait un monde du conflit entre l’humain et les machines, il aura aussi attendre, les Saga Matrix pour voir un humain qui aura le pouvoir de contrôler les machines ! un monde parallèle entre l’univers tel qu’on le connait et celui numérique!
Aujourd’hui l’originalité se définit comme ” l’art du storyteller dans le style Disruptif ( retranscrire le narrratif)” . Certains penseurs parlent de wokisme créatif.
Le wokisme (ou culture woke) au cinéma désigne l’intégration croissante de normes d’inclusivité, de diversité et de justice sociale dans la production, le casting et les scénarios des films
Après les Dix commandements de Cecil B Demille (1956) ou encore Le Prince d’Egypte (1998), nous avons eu droit au film Exodus Gods and Kings : une adaptation biblique ou mythologique de l’histoire de Moïse, vu sous un autre prisme.
Peut-être c’est ce niveau que cela coincerait encore dans certains pays d’Afrique. Les raisons peuvent être multiples ; économiques, humaines et matérielles. Seulement une chose est fortement constaté comme handicap majeur chez certains réalisateurs, c’est comme si certains s’interdisaient le droit de rêver !
Lors d’un masterclass, un réalisateur camerounais nous présentait la chose : Rêver c’est bien, mais le film appartient au producteur. Donc avant d’avoir des fanstames ou fantasmagories en script, il est là souvent là pour vous rappeler de revenir très vite sur terre.
Face à cet état de chose, certains préferent raconter le quotidien dans une tendance minimaliste quelques fois brutales ou sauvages.
Peut-être est-ce à ce niveau que cela coince encore dans certains pays d’Afrique. En 2019, si je me souviens bien, Un critique marocain (Cherqui Ameur) disait ceci : ” traduire nos réalités, ce n’est pas retranscrire le réel “.
Le titre du prix ” Mention Spéciale du Jury ” reste générique ; en revanche, c’est dans la justification du jury que l’originalité apparaît comme la raisonde la distinction. C’est le cas de plus fréquent dans certains festivals :
- Cinéma du Réel (Paris, documentaire) : la mention spéciale du jury long métrage pour The Rib of the Greater Bay Area s’accompagne d’un commentaire du type « l’originalité de la narration de ce film… »
- Vues d’Afrique 2026 (Montréal) : le jury a distingué le film L’invisible ( Réalisatrice : Barbara Olivier- Zandronis) pour ” l’originalité du sujet et la qualité du rendu “;
- Festival Millenium 2026 (Bruxelles) : la mention spéciale du jury est justifiée par l’originalité du Sujet du Film André is an Idiot de Tonny Benna
Pour le cas des films camerounais dans les festivals comme YARHA, FESPACO, Ecrans Noirs ou l’AFRIFF, le titre recompensaitsurtout l’interprétation ( Sandra Njihkmushi, Mouetcho Joseph), uen série ( ” Monkam“, “ Cicatrices “)
En termes d’originalité, on n’a pas encore eu ce droit ! Est ce parce que le feu Bassek ba Kobio avait déclaré dans une chaine de télévision de la place que ” très peu de cinéastes au pays font du cinéma dans au Cameroun ? “ Une pseudo – thèse partagée par le Pr Annette Nguéa Angoua dans son ouvrage Repenser la production cinématographique au Cameroun !
La mention spéciale n’est pas une fin, c’est une main tendue. Elle ne dit pas que tu as perdu, elle dit : on t’a remarqué. Parce qu’au fond ud mental des jurys comme au fond u notre, il y’a une sentence, simple, patiente qui dit : Essayez encore.