Indomptables : La rencontre entre Thomas et Ngijol

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Depuis les années 1980, l’indomptable porte sur ses épaules une conception traditionnelle de la réussite: la richesse ne se mesure pas seulement en biens matériels, mais aussi – et – surtout – au nombre d’enfants, signe de noblesse et de prestige social. Cette vision, profondément enracinée, a toutefois un coût. Elle engendre un mari souvent absent, un père épuisé, tiraillé entre responsabilités professionnelles et devoirs familiaux. Son quotidien se résume à un cycle implacable: Clando (taxi) – Boulot ( travail) – Dodo ( sommeil).

A force de prioriser le professionnel sur le familial, l’indomptable devient parfois une figure distante, presque lunaire, peinant à asseoir son autorité au sein du foyer. Pourtant, conscient que “rien de grand ne s’accomplit sans sacrifice” et que ” l’enfant est le père de l’homme” il lutte pour redonner sens à son rôle de chef de famille. Fils du kontineng ( cameroun), il refuse de plier: tenace, imprévisible et rusé, il reste attaché à des valeurs ancestrales qu’il tente de transmettre, tantôt en français, tantôt en langue bantou.

Thomas Ngijol : une indomptabilité interculturelle à l’écran

Thomas comme prénom et Ngijol comme nom, ces deux termes issus deux patrimoines distinctifs deviennent ce qu’on appelle l’interculturalité. Car Thomas est issu d’un patrimoine colonial étranger et Ngijol d’un patrimoine local. Cette association donne naissance à un métissage de culture où chaque individu se trouve tiraillé entre cette hybridation pour trouver comment se définir chaque jour.

La notion d’interculturalité représente l’ensemble des interactions entre des cultures distinctes, dans un objectif de respect et de préservation des identités culturelles. Elle permet donc de prendre en compte la différence de l’autre, ceci dans un rapport égalitaire.

Dans le récit filmique, Thomas ngijol qui incarne plus “Thomas “ dans le rôle du commissaire Bilong, est le vecteur de cette tension interculturelle. il représente, dans sa pratique professionnelle, une posture dite ” occidentale” : calme, rigueur, sens du devoir et abnégation. Toujours bien vêtu, il tente de maintenir une forme de rationalité face à la dure réalité du terrain policier camerounais. Certains détails de mise en scène l’incarnent : lors de la reconstitution du meurtre, le terme coupe – coupe remplace celui de la machette ou encore le terme bouchon qui remplace embouteillage (bien que les deux n’ont presque pas la même signification). Mais au Kontineng (Cameroun) bouchon = embouteillage. Durant l’interrogatoire de Poutine (Olivier Fomedjo) principal suspect dans l’affaire de meurtre sur laquelle le commissaire enquête, Bilong s’efforce de garder la tête froide, malgré des conditions de travail chaotiques.

Tu es camerounais n’est ce pas ? donc tu es intelligent .

Mais Ngijol ne renie jamais ses racines. lorsque l’électricité est coupée ou que les mensonges s’accumulent, la colère jaillit. La scène de la correction infligée à poutine avec la branche de prunier ou encore l’irruption de pratiques symboliques et de pseudo- malédictions (” je lèche la terre”), illustrent ce basculement vers une justice imprégnée de codes culturels locaux. Pour résoudre l’enquête, le retour aux valeurs patrimoniales, notamment l’usage de la langue vernaculaire devient indispensable.

Dès leurs premières interactions, il est évident que leurs différences de caractères permettent d’orienter le débat sur le métissage culturel de l’acteur dans le développement de l’intrigue. Au point où il surjoue dans certaines scènes quand il faut être dans la peau de ngijol. Les situations cocasses auxquelles thomas et ngijol (thomas ngijol) sont confrontés révèlent non seulement leurs défauts mais également leurs qualités.

l’humour comme passerelle culturelle

Fidèle à son identité artistique, surtout quand il s’agit d’un film dans le même courant que Fast Life ( 2014) ou Black Snake, la légende du Serpent noir (2019). Thomas Ngijol mobilise l’humour pour désamorcer des thématiques lourdes telles que l’identité, le métissage culturel et l’héritage patrimonial. L’oeuvre cinématographique navigue habillement entre gravité et comique, créant des respirations qui permettent au spectateur de réfléchir sans se sentir écrasé par la complexité des enjeux. Blagues, références culturelles et situations cocasses deviennent ainsi des outils de médiation. Elles exposent autant les richesses que les contradictions de la diversité culturelle. En ce sens, le rire n’est jamais gratuit : il sert de prisme pour interroger la transculturalité, ses tensions et aussi ses possibles harmonies.

Le terme « transculturel » évoque ce qui est commun et ce qui dépasse ces différences et tensions

À travers L’indomptable, Thomas Ngijol propose une œuvre à la fois divertissante et profondément réflexive. Le film invite le spectateur à embrasser la complexité du métissage culturel, non dans une posture didactique, mais à travers l’humour, l’émotion et le vécu. Une comédie qui, sous ses airs légers, interroge avec finesse l’identité contemporaine africaine et diasporique.

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