Certains films offrent une vitrine aux paysages, monuments et cultures locales, dans le but d’en faire une économie culturelle ; c’est-à-dire préserver, sauvegarder et valoriser le patrimoine culturel. C’est le cas du récent film de Claye Edou, le Mystère de Waza qui met en valeur la vernacularité ; le caractère vernaculaire des langues, cultures ou des expressions propres à une région, communauté ou d’un peuple. Cet aspect se fonde dès lors sur trois axes : la vernacularité linguistique, la vernacularité architecturale et la vernacularité marketing et com.
La vernacularité linguistique
Savoir qui on est, se résume d’abord à la particularité linguistique environnementale à laquelle on appartient. Les noms qui forment le groupe NAMBS Abdul, Bilama, Moudio et Nguiamba, sont une expression explicite fondamentale, dans le Mystère de Waza. Car ils sont l’émanation de différentes langues qu’on retrouve au Cameroun. C’est ainsi qu’on peut parler de langue vernaculaire ; une langue parlée couramment par une population dans un contexte local par opposition à une langue officielle. D’où l’importance accordée aux patronymes des principaux protagonistes du film.
- Bilama : un nom qu’on retrouve plus dans la région du centre Cameroun, notamment dans les communautés du Mbam et Inoubou.
- Moudio: originaire des peuples bassa-bakoko
- Nguiamba : originaire du Sud (Lolodorf) Cameroun
- Abdul : originaire du Nord et de l’Ouest Cameroun
On pourrait ajouter dans cette dynamique l’importance du fufuldé originaire de la région dAbdul. Une langue parlée dans une vingtaine d’États, dans des zones disparates, en Afrique de l’Ouest et au Sahel ainsi qu’en Afrique centrale. Son manifeste revêt une importance capitale dans l’obtention du nom du groupe NAMBS et dans la quête ( mot magique) du trésor de Waza. Après ce caractère vernaculaire par langue dans le film, un autre aspect vernaculaire est mis en relief celui architectural.
La vernacularité architecturale
Entendue ici comme construction adaptée aux conditions locales, souvent réalisée avec des matériaux et techniques traditionnelles. Qui contraste très bien avec celle de la ville de Yaoundé.
Le film nous présente l’architecture vernaculaire de la zone tropicalo-sahélienne du Cameroun ; les cases mousgoums, le panorama de l’Université Scientifique du Sahel (‘USS), et le parc de Waza et certains aspects iconographies de la région.
La vernacularité du Marketing tribal
Qu’est-ce qu’on entend par marketing tribal ?,
Valéry Ndongo dit souvent . Bienvenue au kwatt (quartier), ici on fait les choses dans le Hoha.
Pour la petite histoire le kwatt ou kwatta débute dans les 2000 avec des créations audiovisuelles comme ” je Wanda” by orange , Koppo ” si tu vois ma go, et Tonton boudor “
En bref, c’est du camfranglais (un français anglophoné à la camerounaise). L’une des personnes qui l’a fait exploser au pays c’est Bimstr.
Pour revenir au film, les expressions telles que :
- Tu ne peux pas être content seul= qui signifie qu’il faut arroser
- Djoundjou kalaba 713 : code pour aller dans la salle de jeux clandestine
- Notre argent va souffrir : un terme pour dire qu’il va nous ruiner .
Elles traduisent ce type de marketing tribal qui cherche à conceptualiser la langue de Molière pour marquer son originalité narrative.
Cette originalité qui se traduit aussi par le fait que le réalisateur présente une pensée glocalisante (mise en relation du vernaculaire et technologies étrangères). On peut noter l’importance des Technologies de l’information et de la communication ( TIC) qui ont permis maintes fois de sauver les NAMBS de plusieurs situations.
- Applications de géolocalisation de Moudio
- le pseudo-Vlog de NGuiamba (Miss téléphone) qui a permis de rester sur les traces des NAMBS dans le parc de Waza.
- les mots magiques en fulfuldé qui amènent de découvrir les vases d’or sacrés
Le film le mystère peut servir d’outil d’ingénierie culturelle ( sauvegarde, promotion et valorisation du patrimoine culturel) de la zone Sahélienne du Cameroun. D’où la fameuse phrase dans le film
Qui ignore d’où il vient, ignore où il va
Abdoul
Car le récit présenté s’enracine dans un contexte local ayant pour but de bousculer les stéréotypes existants, et favoriser une compréhension mutuelle entre cultures locales.
S’ouvrir au monde, se moderniser, ne veut pas dire oublier d’où il vient
Mahamat
Toutefois, on peut aussi souligner la légèreté avec laquelle les iconographies culturelles des SAO sont sous-exploitées dans le film ou encore le fait que la langue kotoko soit très peu traduite lors des moments cruciaux.