L ’afrobeat: de la Revendication à un Impérialisme Culturel !

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Victony & Tempoe – Soweto (Official Video)

Fela Kuti ou simplement Fela pour certains ; voilà un nom qui fait certainement écho dans la musique Ouest-africaine. L’Afrobeat, un terme que nous rencontrons fréquemment depuis plus d’une dizaine d’années déjà. Il faut dire qu’il se consomme à toutes les sauces : applications de streaming, chaines musicales de télévision, billboards et cérémonies des awards.

Fela Kuti – Lady

Il est quasiment inenvisageable de nos jours de faire plus d’une demi-heure sans en consommer les productions ; la régularité et la productivité des adeptes de ce courant musical étant assez impressionnantes (pratiquement toutes les deux semaines sur certaines plateformes). Un terme assez reconnu ces dix dernières années grâce à la profusion de musiques proposées par les artistes nigérians, ghanéens, tanzaniens, camerounais et même en occident.

Comment est-on passé de la musique anti militariste du Kalakuta Shrine aux artistes Ultra chics aux textes sulfureux, langoureux et dansants pour certains ?

1970, une décennie phare pour celui-là à qui on attribue la paternité de l’Afrobeat. Parti pour londres où il va pour des études de médecine (qu’il va troquer pour faire de la musique, Fela Kuti va en 1969 rencontrer Sandra Izsadore militante du mouvement. C’est là que se produit l’étincelle qui donne naissance à l’un des artistes africains engagés les plus célèbres de l’histoire : Fela Anikulapo Kuti. Ses premières productions discographiques, notamment le fameux album Zombie étaient fortement empreints de rage contestataire à l’égard du régime militaire et dictatorial et de l’inégalité sociale provoquée par la corruption des élites et l’essor grandissant du pétrole dans le pays. Le highlife, musique de l’élite ghanéenne qui faisait la promotion du panafricanisme et de l’hyper-exposition des valeurs sociétales africaines, a fortement imprimé sa marque idéologique dans l’Afrobeat des premières heures qui lui dénonce en prenant position pour les classes ouvrières et défavorisés.

Highlife Classic Old School – Ghana

Si à l’époque le régime censurait tout ce qui allait à l’encontre de la politique gouvernementale, depuis le début de la décennie 2010 et plus particulièrement à partir de 2018, la nouvelle vague d’artistes dits « Naija » décident d’apporter une peau neuve au genre afrobaeat. Les thématiques sont beaucoup plus diverses et axés autour de l’« enjoyment ». Le style YOLO (You Only Live Once / On ne Vit Qu’une Fois) règne en maitre et accorde une place désormais à :

Comment la musique en elle-même a-t-elle évolué ?

En ce qui concerne la musique en elle-même, le changement dans l’orchestration s’est fait en plusieurs étapes. Rappelons que l’afrobeat est influencé par les trompettes de la funk et soul music, les solos imprévisibles du jazz et la base rythmique du highlife alors populaire au Ghana. C’est d’ailleurs cette dernière caractéristique qu’on retrouve assez facilement dans des morceaux comme Fall In Love de la désormais artiste de Gospel Chidinma, Ojuelegba de Wizkid, Donne-moi l’accord  de Dadju et Common Person de Burna Boy, Thank You Lord de Locko ou encore Leg Over de Mr Eazi.

Exception faite d’un des artistes majeurs de ce courant de nos jours Davido, qui a donné le coup d’envoi de la propagation de l’afrobeat à l’international ; notamment dans son morceau Aye et Kizz Daniel qui sort Woju en 2014.

Aye – Davido (Official Music Video)

On est alors en plein dans ce qu’on appelle « musique afro ». À ce niveau la signature rythmique ternaire avec parfois des guitares qui se substituent parfois au jeu des percussions. Le courant fait écho à plusieurs rythmes à signature ternaire un peu partout en afrique :

Dès 2016, le changement notoire s’opère progressivement avec la variante française qu’on appelle alors Afro Trap, avec MHD qui se proclame Roi de l’Afro Trap. Les charlestons joué en doubles croches avec insistance sur la troisième et la quatrième par rapport au temps précèdent joué en noire ; sont progressivement remplacés par des percussions (congas, castagnettes et parfois shakers). Cette substitution est reconnaissable dans les morceaux Ngatie Abedi  de MHD, Skelewu de Davido, ça se passe ici de Salatiel, Ten Ten de Mimie, Wule Bang Bang de Magasco et même Enfant Béni de Dj Arafat.

MHD – AFRO TRAP Part.7 (La Puissance)

L’arrivée de Mr Eazi, artiste nigérian alors basé au Ghana propose une coloration plus highlife, avec des percussions plus présentes par des roulements courts et assez syncopés, accompagnés par une ligne de basse qui paraphrase le jeu de la grosse caisse : le Banku est né.

Il est largement adopté par plusieurs artistes du continent ce qui donne à croire à l’uniformisation de la musique africaine qui commence à tutoyer les sphères internationales : Alleluia de Force One, Casanova de stanley Enow, Koffi Anan de Yemi Alade, Mad Over You de Runtown, Rara de Tekno, Nziyo Yerudo de Jah Prayzah, Ye de Burna, Fall de Davido , Duduke de Simi et bien d’autres.

L’Afrobeat à la conquête du Monde

L’heure est à l’expérimentation et à la découverte de nouvelles sonorités. Il n’est plus forcément question de satisfaire une certaine qualité de public. Même si la principale caractéristique (à savoir l’utilisation du pidgin) reste d’actualité et est un très bon élément marketing.

  • Le rift classique des shakers revient au goût du jour.
  • Les synthés et pads prennent le pas sur les marimbas jouant en accord de trois notes et qui étaient jusque-là l’un des éléments identitaires de l’afrobeat.
  • La cadence s’emballe avec des BPM allant même jusqu’à 128, ce qui facilite même des beatmix avec des genres musicaux comme la House ou encore le Makossa.
  • Des collaborations assez improbables avec des artistes d’autres horizons permettant ainsi de se projeter dans d’autres marchés discographiques.
Le Sound Design pour les nuls (et les forts)

Des artistes comme Rema (avec son titre Beamer et Dumebi), Burna Boy (On The Low), Wizkid (Joro), Ayra Starr (Rush) proposent une rythmique plus simple, qui se rapproche beaucoup plus du reggaeton, du Makossa (Fireboy DML – Scatter, Naira Marley – Soapy ; et le mélange le plus tendance du moment, l’association à l’Amapiano de l’Afrique du Sud (Davido – Unavailable, Olga Bry – Feeling, Lojay – Monalisa ft Sarz, Ko-c – Chill, Youssoupha – Amapiano).

KO-C – Chill (Official Video)

Les habitudes d’écoute ayant changé au fil des décennies, il est devenu difficile voire très rare de voir des artistes sortir des morceaux qui excèdent 3 :50 mn.

Franck Olivier Malelel

Seuls quelques mouvements musicaux comme le rap engagé (Kery James, Tech9, Xzafrane), le rock progressif (Funkadelic parliament, Guns N’ Roses) et le ndombolo en République Démocratique du Congo (Koffi Olomide, Extra Musica, Werrasson, Roga Roga et bien d’autres) ; se permettent de battre les records des standards actuels d’écoute. De nos jours la plupart des musiques afrobeat ne dépassent plus la barre symbolique des 4 minutes, ce qui ouvre la fenêtre aux réseaux sociaux comme TikTok avec les challenges qui ont véritablement contribué à la conquête du monde par l’Afrobeat.

Source : Franck olivier malelel

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